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La santé mentale est une priorité

Au cours des dernières années, reconnaître l’importance de la santé psychologique et de la sécurité dans les services d’incendie et d’urgence a atteint un point tel qu’il a bien fallu admettre qu’il s’agissait d’une priorité absolue. De nombreux services d’incendie, de police et médicaux d’urgence à travers le Canada ont pris des mesures pour mieux sensibiliser la population à ces questions et ils ont dressé des plans pour remédier au risque que la nature de ces professions pose aux premiers répondants.

February 22, 2017
By Ken McMullen
Les services d’incendie partout au Canada Au cours des dernières années

L’Association canadienne des chefs de pompier (ACCP) a pris des dispositions pour le compte de tous les services d’incendie et le Service d’incendie de Calgary a mis en œuvre un modèle multi-facettes de bien-être mental qui peut servir d’exemple à d’autres services.

En septembre 2015, un consensus mettait en évidence la nécessité d’agir lorsque l’ACCP et l’International Association of Fire Fighters (IAFF) ont convoqué la réunion inaugurale du Groupe consultatif du mieux-être mental des chefs de pompier pour discuter de la nécessité d’aborder la question de la santé mentale des pompiers canadiens. Des représentants du Conseil d’administration et du Conseil consultatif national de l’ACCP, de l’IAFF, du Conseil canadien des directeurs provinciaux et des commissaires d’incendie ainsi que des membres du personnel de l’ACCP, de l’IAFF et du Service d’incendie de Calgary y assistaient.

Cette rencontre a donné lieu à la « Stratégie sur le carnet de route sur la santé mentale des pompiers », une initiative à long terme pour pouvoir identifier les outils nécessaires pour soutenir les efforts des services d’incendie dans le domaine de la reconnaissance, de la prévention, de l’intervention et du traitement des troubles de santé mentale auxquels sont confrontés les pompiers du Canada. Ces travaux sont en cours, avec un programme de recherche couvrant la politique, le spectre de la prévention, de l’intervention et du suivi ainsi que les lacunes dans la recherche et la collecte des données liées à la santé mentale des pompiers.

Au fil de ces exercices, plusieurs services d’incendie canadiens ont lancé des initiatives visant à remédier au bien-être mental de leurs membres. Certains ont adopté un ou plusieurs programmes éducatifs tandis que d’autres ont créé des programmes adaptés à leurs besoins spécifiques. Bien que diverses initiatives soient en cours, choisies pour pourvoir aux besoins et aux ressources des différentes organisations, le Service d’incendie de Calgary a élaboré une stratégie de trois ans en matière de santé et de sécurité psychologiques.

En 2015, le service s’est engagé à s’harmoniser à la norme de santé et de sécurité psychologique volontaire au travail, la CAN/CSA Z1003-13/BNQ9700-803/2013 (la norme). Celle-ci vise à inciter les organismes à appliquer la même rigueur à la santé et à la sécurité psychologiques que celle qu’ils apportent à la santé et à la sécurité physiques.

À l’instar de l’ACCP, la première étape de Calgary était une recherche consistant en quatre composantes, soit :

  • Une vérification des politiques, des procédures et des ressources existantes qui soutiennent la santé et la sécurité psychologiques.
  • Une recherche des connaissances actuelles sur les maladies mentales et les blessures chez les pompiers.
  • Une enquête menée auprès des employés (Protégeons la santé mentale au travail) pour déterminer la perception en ce qui a trait à la santé et à la sécurité psychologiques.
  • Une adaptation et un programme pilote de formation et de familiarisation à la santé mentale intitulé « Le carnet de route sur la santé mentale ».

La vérification portait sur les politiques propres au Service d’incendie de Calgary et à la ville de Calgary en matière de santé et de sécurité psychologiques ainsi que diverses ressources offertes au personnel par l’entremise du programme d’aide aux employés et à la famille de la ville de Calgary, du Calgary Fire Department Wellness Centre et de l’ensemble de la communauté. Quoique vaste, cette liste nous a permis de cerner les domaines à améliorer.

Les connaissances actuelles sur la santé mentale, les blessures et les maladies propres aux pompiers sont limitées. Mais, l’information à ce sujet au sein de la population canadienne en général est preuve qu’il s’agit d’une question substantielle. Étant donné la nature très stressante du travail de pompier, nous avons supposé qu’ils étaient au moins aussi vulnérables, sinon plus, que l’ensemble de la population.  

L’enquête menée auprès des employés « Protégeons la santé mentale au travail » (GM@W) est un outil canadien mis au point par des chercheurs du Centre de recherche appliquée en santé mentale et en toxicomanie. Il est conçu autour de 13 facteurs qui influent sur la santé et la sécurité psychologiques en milieu de travail, qui font également partie de la structure de la norme. Nous nous sommes servis des résultats de cette enquête (complétée par 25 % du personnel) pour établir nos principales priorités.  

Le projet pilote et l’évaluation du « Carnet de route sur la santé mentale » ont fait ressortir quatre éléments importants, soit :

  • Les pompiers estiment avoir grandement besoin d’éducation personnalisée sur ce sujet.
  • La plupart des pompiers considèrent que c’est une question importante. Mais, ils ne savent pas grand-chose sur le sujet ou sur la façon de se procurer de l’aide.
  • Au sein du Service d’incendie de Calgary, les membres en uniforme préféraient suivre cette formation uniquement avec leurs pairs.
  • Compte tenu des piètres conditions d’opération dans lesquelles nous évoluons, un modèle de livraison très souple est nécessaire.

La prochaine étape consistait à recueillir toutes les informations issues de notre recherche et d’élaborer un plan stratégique à court terme, jusqu’à la fin de 2018. Ce dernier est structuré autour de la norme et comprend la formation, la communication, les politiques et la collaboration entre les divisions sur des enjeux comme la santé et la sécurité au travail, la gestion du handicap et les ressources humaines.

Nous en sommes à la phase de mise en œuvre. L’année prochaine, nous :

  • Dispenserons la formation sur « Le carnet de route sur la santé mentale » à tous les membres des services.
  • Collaborerons avec nos homologues municipaux pour identifier une formation pilote à l’intention des membres qui ne portent pas l’uniforme et pour jeter les jalons d’un changement délibéré vers une culture qui soutient la santé et la sécurité psychologiques.
  • Travaillerons avec le Service d’incendie de Calgary pour trouver des occasions de collaborer et de se soutenir mutuellement pour bâtir et renforcer un milieu de travail sain et sécuritaire sur le plan psychologique.
  • Continuerons d’améliorer la gestion du stress lié aux incidents critiques, au besoin.
  • Appuierons la section locale 255 de l’IAFF alors qu’elle lance un programme de soutien par les pairs.
  • Participerons à des activités de sensibilisation et d’éducation telles que la prévention du suicide et la lutte contre l’intimidation.
  • Communiquerons avec d’autres services d’incendie pour partager ce que nous avons appris, pour profiter de leurs expériences et pour chercher des occasions de travailler ensemble.  

Le Service d’incendie de Calgary a la chance d’être une organisation de lutte contre les incendies de grande envergure. Malgré les réalités économiques de la fonction publique, il a accès à des ressources financières dont les services plus petits ne peuvent pas se prévaloir. Calgary a aussi l’avantage d’avoir une professionnelle expérimentée en promotion de la santé en la personne de Nancy Snowball pour diriger sa stratégie en matière de santé et de sécurité psychologiques. Quant aux nombreuses organisations qui ne disposent pas du budget pour s’acquitter de cette tâche à l’interne, les travaux entrepris par l’ACCP au nom de tous les services d’incendie canadiens sont critiques. Les lacunes dans la prise en charge de la santé psychologique des pompiers ne peuvent pas être corrigées dans le cadre d’un seul programme de sensibilisation, d’une seule campagne ou d’une seule politique. Il faut une stratégie à long terme pour un changement culturel et pour une amélioration continue.

Les statistiques sont familières : un Canadien sur cinq éprouvera un problème de santé mentale cette année. Selon le Centre de toxicomanie et de santé mentale, au cours de notre vie, près de la moitié d’entre nous devront relever un tel défi. En ce qui concerne ceux d’entre nous pour qui faire face au trauma est un élément régulier de notre travail, le risque est probablement plus élevé. La bonne nouvelle est que nous pouvons tous agir. Tout comme en ce qui a trait à la santé et à la sécurité physiques, il relève de chacun d’entre nous d’être vigilant, de veiller l’un sur l’autre et de nous assurer que nous faisons partie de la solution, tous les jours.


Ken McMullen est sous-chef adjoint du Service d’incendie de Calgary. Vous pouvez communiquer avec lui à ken.mcmullen@calgary.ca


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